Sur le féminisme et leur place dans la société, les femmes en font-elles trop ?

Coup de griffe

Tribune du 8 mars 2025

« Des happenings les plus extravagants aux débats les plus sérieux, des discussions du weekend en famille jusqu’à celles autour de la machine à café du co-working, c’est un sujet qui revient avec vigueur dans le débat public et enflamme souvent les conversations.

Égalité salariale, réclamations en matière de parité, présence dans les Codir, les conseils d’administration et globalement les instances dirigeantes, plafonds de verre et planchers gluants, lutte contre les clichés et les stéréotypes persistants, contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes, débat sur l’inscription de l’IVG dans la Constitution, explosion des chiffres sur les violences faites aux femmes dans l’espace public ou le cercle familial…partout dans la société française, ces sujets sont fréquemment évoqués et mis en débat.

Le thème de la place des femmes dans notre société monte, progresse, se diffuse et agace tout à la fois. Surtout, il faut le reconnaitre, chez les hommes, qui ne savent plus toujours désormais ce qu’ils doivent penser ou ont le droit de dire, entre soutiens sincères à la cause des femmes, mais aussi effets redoutés des conséquences de certains sujets comme les vagues #metoo sur les relations hommes/femmes.

Avec des retours de balanciers parfois très inquiétants à l’image du phénomène du « Man spreading », ce retour en grâce des adeptes de la virilité et des années 50. Les relations femme-homme, idéalisées façon « Mad Men », sont pourtant aux antipodes des modèles contemporains d’émancipation des femmes.

En réalité, s’ils répondent souvent aux exubérances de certains courants néo-féministes, ils sonnent aussi pour nous toutes, l’heure d’une prise de conscience salutaire : les femmes ne doivent plus se contenter des seconds rôles, ni mettre leurs ambitions ou leurs aspirations au placard au prétexte qu’on ne pourrait pas tout avoir et qu’il faudrait choisir entre sa vie de famille et sa carrière professionnelle.

Surtout elles ne doivent plus accepter de ne pas être présentes à la table où se prennent les décisions. Et pour cela, elles ne doivent plus transiger sur des principes élémentaires : refuser d’être considérées comme une minorité quand elles représentent la moitié de l’humanité ; promouvoir un féminisme universel, qui s’applique à toutes les femmes, sans distinction ; rejeter l’essentialisation des femmes dans le rôle de victime ; consacrer la solidarité entre femmes, aussi appelée « sororité » ; prendre leur destin en mains et se mettre aux commandes de leurs vies.

Enfin, elles doivent clarifier leurs combats, apprendre à faire bloc, embarquer les hommes, et se révolter ensemble face aux violences et aux privations des droits qui sont infligées aux femmes à travers le monde.

Des viols collectifs de Mazan, à ceux de milliers de mineures en Angleterre ou le scandale des abus sexuels de la Fédération américaine de gymnastique, mais aussi l’histoire des femmes et jeunes filles Yézidis – minorité kurdophone du nord de l’Irak- séquestrées, battues, mutilées, vendues et même louées en tant qu’esclaves sexuelles, les viols de masse commis le 7 octobre en Israël par les terroristes du Hamas, les femmes Iraniennes qui luttent pour leur liberté et le droit de s’habiller comme elles le souhaitent, sans oublier, le sort des femmes enAfghanistan qui n’ont plus aucun droit : ni celui de s’instruire, ni celui de sortir, travailler, se retrouver, ni même, celui de parler ou chanter. Réduites au silence et esclaves de leurs maris, leurs pères, leurs frères, elles sont prises au piège, condamnées à une vie sans issue. Nous devrions TOUS nous élever contre cette ignominie.

Pendant ce temps-là, dans la France de 2025, nous en sommes toujours à réclamer la parité. Et à toujours nous chamailler pour savoir s’il faut des quotas ou si l’écriture dite inclusive nous sauvera de l’invisibilité ! Dans l’industrie, la Tech, le BTP, on avance mais on peut largement mieux faire. A l’Assemblée nationale ou au Sénat, mais aussi parmi les Maires, il y a urgence à se mettre au niveau des lois sur la parité qui sont votées dans de nombreux autres secteurs. Mais l’inverse est aussi vrai, et il serait sans doute utile de rééquilibrer des secteurs trop féminisés, tels l’enseignement ou la magistrature.

Dans notre société polarisée, les menaces se font aussi de plus en plus pressantes et glaçantes contre certaines femmes qui prennent la parole dans le débat public pour exprimer parfois leurs points de vue, mais parfois plus simplement la restitution de leurs travaux de recherche. Rendons hommage ici au courage des voix féminines – Florence Bergeaud-Blackler, Fadila Maaroufi, Caroline Fourest, Sophia Aram, Abnousse Shalmani, ou encore Dora Moutot et Marguerite Stern pour ne citer que celles qui auront marqué l’actualité de l’année écoulée.

Sur la question des droits des femmes, nous avons toujours l’impression de marcher sur un fil. À tout moment, nous pouvons basculer. C’est cela que de nombreux hommes n’ont pas compris lorsqu’il s’est agi d’inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution, alors que le droit des femmes à disposer librement de leur corps ne semblait pas en danger immédiat. Oui, mais voilà, dans nos chairs, notre héritage culturel, familial, sociétal, nous sentons bien que malgré les avancées, malgré les places gagnées, malgré l’émancipation économique, malgré la parité, ces équilibres sont encore terriblement fragiles.

Alors non, malgré des circonvolutions de langage et de débats pas toujours du meilleur effet, les femmes n’en font pas trop sur la question du féminisme. Et à ceux qui se demandent « où sont les féministes ? », je réponds qu’elles sont aujourd’hui partout autour de vous. Elles sont les femmes de notre génération, et il nous revient de rétablir les équilibres, de gommer les excès et de faire preuve du même courage que celui de nos mères et nos grand-mères avant elles. Le courage d’être des femmes. » 

Alexandra CARRAZ-CESELLI

Professionnelle des médias et des politiques publiques
Fondatrice de L’équipe des Lyonnes

Spécialiste des organisations publiques, entre sphères médiatique et politiques publiques, Alexandra Carraz-Ceselli a acquis de multiples expériences aux côtés d’élus et de chefs d’entreprises, une solide connaissance des circuits de décisions, des écosystèmes en présence, des systèmes de gouvernance, de la structuration de dispositifs complexes et des processus de recrutements des mondes public ou politique. Cette expérience, elle a souhaité la mettre au service des femmes, pour les encourager à prendre toute leur place dans le débat public, sans concession et sans victimisation, en créant L’équipe des Lyonnes, pour promouvoir un féminisme positif, exigeant, qui n’oppose pas les femmes aux hommes.