Un si long chemin vers l’égalité,
Pourquoi les femmes ne doivent
pas se tromper de combat

Coup de griffe

Tribune du 8 mars 2023

Elle a pris tout le monde de court en annonçant son retrait de la vie politique, parce qu’elle considérait qu’au terme de son 2nd mandat, elle avait apporté ce qu’elle pouvait à son pays et qu’elle n’avait plus suffisamment d’énergie pour mener à bien cette mission exigeante. A l’annonce de la démission de Jacinda Arden, Première ministre de Nouvelle-Zélande, certains ont ricané en pointant l’incapacité des femmes à assumer ce type de responsabilités, quand d’autres se sont désespérés de la voir renoncer. Pourtant à bien y regarder, c’est une véritable démonstration que cette femme a faite. Non seulement à son pays, mais aussi au reste du monde : celle de faire de la politique autrement, de gouverner autrement, et surtout de pouvoir tout assumer, du statut de Premier ministre à celui d’épouse, de jeune maman, sans oublier d’avoir la juste conscience de ce que l’on peut apporter à son pays, et de savoir s’arrêter. 

Le temps des femmes

En France, avec une femme à la tête du Gouvernement, et une autre à la tête de l’Assemblée nationale, nous devrions nous sentir pousser des ailes. Sans conteste, et fort heureusement, la place des femmes dans notre société a évolué significativement ces trente dernières années. Même s’il reste des relents de sexisme à quelques coins de portes de bureaux ou de rues -en cela les débats très médiatisés sur la réforme des retraites, des Députés à l’Assemblée nationale, se sont encore montrés tristement à la hauteur, et j’en retiens pour ma part, outre une grande tristesse, un “prenez de la tisane” adressé à la Présidente de l’Assemblée nationale, qui me reste encore en travers de la gorge.

Stop au pink washing 

C’est vrai, bien souvent dans nos quotidiens, nous avons à l’esprit cette petite pensée “on n’aurait pas dit cela à un homme”. Une femme est très vite “hystérique”, “difficile” ou “trop raide” dans son expression, quand un homme sait être “ferme” et “exigeant”, et fait preuve “d’autorité naturelle”. Mais à l’inverse par pitié, ne nous laissons pas piéger par cette nouvelle vague du féminisme cosmétique qui veut parler des règles dans des grandes campagnes de communication, récolter des serviettes hygiéniques pour aider contre la précarité menstruelle, ou encore imposer l’écriture dite inclusive dans le langage courant. Ce n’est pas d’un pink washing de bonne conscience dont les femmes ont besoin, encore moins ce dont elles ont envie. Elles aspirent simplement à la parité, à être considérées, à exister à part égale. Avoir le même salaire, avoir véritablement voix au chapitre, dans les réunions, les conseils d’administration, les comités de direction, donner son avis, être dans le tour de table lorsqu’il s’agit de décider. Avoir le droit de diriger et manager, sans le jugement d’un style plus sévère que celui d’un homme. Décider quand et comment avoir des enfants, sans que cela soit vécu comme un abandon de poste, un désengagement de l’entreprise, un manque de motivation, ou pire, considéré comme une maladie incapacitante.

Les femmes doivent faire leur part du chemin

Une envie profonde surtout d’être dignes du combat de nos mères, qui ont dû bousculer les codes d’une société très corsetée pour se faire une place et nous ont éduquées en nous disant que rien ne nous était impossible, mais qu’il nous fallait surtout ne jamais dépendre de quelqu’un pour vivre. On le rappelle, dans les années 70, une femme, devait obtenir la signature de son mari pour ouvrir un simple compte en banque. Tous les métiers n’étaient pas envisageables, et peu de femmes connaissaient alors l’indépendance financière. Alors aujourd’hui, le vrai combat des femmes, c’est surtout celui de ne jamais reculer. Sur le droit des femmes à disposer librement de leur corps, qui est un droit fondamental. Sur la façon de se vêtir, de vivre, de s’éduquer, d’être libre. Aujourd’hui en Afghanistan et en Iran, les femmes sont battues, violées, emprisonnées, tuées parce qu’elles ne portent pas “correctement” le voile ou parce qu’une mèche de cheveux en dépasse. Aujourd’hui en Afghanistan et dans d’autres pays du monde, les femmes n’ont plus accès à l’école. Le véritable combat des féministes est bien celui-là.

Alors à la question de savoir si vous vous sentez féministe, la réponse est évidemment positive. Il serait indigne de répondre non. Toutes les femmes le sont par nature. Tous les hommes devraient l’être par solidarité et par simple évidence. Mais il est temps de ne plus tout confondre. Il est temps que les femmes réalisent qu’elles ont toutes les clés, ici en France et maintenant. Il leur appartient de faire leur part du chemin, si ce n’est pour elles-mêmes, au moins pour toutes celles qui n’en n’ont pas le droit.

 Avec l’Equipe des Lyonnes, nous proposons de faire ce chemin ensemble.

Alexandra CARRAZ-CESELLI

Professionnelle des médias et des politiques publiques.
Fondatrice de L’équipe des Lyonnes, pour encourager les femmes à prendre leur place dans le débat public.

Spécialiste des organisations publiques, entre sphères médiatique et politiques publiques, Alexandra Carraz-Ceselli a acquis de multiples expériences aux côtés d’élus et de chefs d’entreprises, une solide connaissance des circuits de décisions, des écosystèmes en présence, des systèmes de gouvernance, de la structuration de dispositifs complexes et des processus de recrutements des mondes public ou politique. Cette expérience, elle a souhaité la mettre au service des femmes, pour les encourager à prendre toute leur place dans le débat public, sans concession et sans victimisation, en créant L’équipe des Lyonnes, pour promouvoir un féminisme positif, exigeant, qui n’oppose pas les femmes aux hommes.